La fille à la valise
En 1960, Jacques Perrin a 20 ans, Claudia Cardinale 21: dans La Fille à la valise, Valerio Zurlini leur offre quasiment leur premier grand rôle au cinéma. Le film utilise tous les ressorts du mélo: jeune fille du peuple, innocente et instinctive, perdue par ses désirs de succès comme chanteuse, fatalité dun amour rendu impossible par le choc des classes... Mais au-delà du genre, ce film est aussi un document cinématographique, une façon de filmer dans un noir et blanc à peine extirpé du néo-réalisme, à un moment clé de lhistoire du cinéma italien et de lItalie (en plein miracle économique, avec toutes les contradictions que cela entraîne): provoquant pour lépoque, La Fille à la valise met en scène une jeune femme à la sensualité éclatante, symbole dune classe populaire aux valeurs en crise, une femme déchirée entre la fascination de la réussité économique et lauthenticité de ses sentiments pour Lorenzo, soudain confrontée aux valeurs strictes du jeune comte incarné par un Jacques Perrin tout en nuances. Le poids des mensonges et des illusions que la vie offre à la jeune Aida (Claudia Cardinale) éclate au grand jour dans la scène entre Claudia Cardinale et le prêtre, qui se déroule (subtilité du metteur en scène sans doute) dans le Teatro Farnese de Parme, comme en un insolite et provocateur confessionnal montrant du doigt les contradictions dune société italienne en pleine métamorphose. La fin du film (à travers le dernier geste de Lorenzo à légard dAida) ne fait que rappeler ces contradictions: unis dans lamour, les deux êtres restent néanmoins séparés par un irrémédiable fossé social et moral.
Voir les extraits et bande-annonce.
Vu le 21 août 2005. Note: **