"Ces souvenirs que j'accumule, collectionnés comme des timbres, comment se fait-il
qu'il n'en ait pas fait sa mémoire? Une enfance non transformée en souvenirs d'enfance. Une enfance pour rien. Où est-il? Qu'est-ce que c'est, Tom?"
Marie Darrieussecq,Tom est mort, Paris, P.O.L, 2007,
p.101. Une écriture qui parvient à dilater les instants d'"avant" et d'"après" comme autant d'abîmes de la douleur, jusqu'à l'absurde, et où la cruauté des
mots tente d'exprimer, et de remplacer jusqu'à l'impossible, la cruauté du chagrin... Un livre qui ne peut qu'absorber totalement son lecteur et qui ne peut que se lire d'une seule traite, pour
partager avec la narratrice, l'instant infiniment dilaté de la douleur.
La polémique: La douleur, un fonds de commerce? Marie a-t-elle péché?
Et lorsque le poète invente ces grandes images qui révèlent l'intimité du monde, ne se
souvient-il pas?... La rêverie est une mnémotechnie de l'imagination.
Gênée, je détourne mon regard. Sur la place des Mille Vents, les tables
sont désertes et les joueurs sont rentrés. Mes innombrables parties de go me reviennent en mémoire. Des visages inconnus se confondent dans le masque porté par mon adversaire. Il possède la
noblesse des hommes qui préfèrent les méandres de l'esprit à la barbarie de la vie.
Shan Sa, La joueuse de go, Folio, 2001, p.295. Le Monde.
Nuages de lait