Superbe lecture de F.Pessoa au Marathon des Mots

Publié le par Cécile Berger

Un texte puissant et d’une richesse incomparable (Le livre de l’intranquillité, de Fernando Pessoa), lu par des acteurs de grande qualité (Jacques Bonnaffé, Maria de Medeiros, Dominique Parent et Denis Podalydès), cela donne: la cerise sur le gâteau du Marathon des Mots, dans la grande salle du TNT. C’est de loin le spectacle que j’ai préféré, une vraie lecture à 4 voix restituant au mieux le plurivocalisme métaphysique de Pessoa: aphorismes absurdes seulement en apparence, provocations rhétoriques, et "être au monde" en quête de sensations pures avec pour seul refuge existentiel idéal le sommeil, sans passé, ni futur, ni autrui...« C'est peu dire que Bernardo Soares, alias Fernando Pessoa, est intranquille. Mieux vaudrait parler d'errance infinie à travers ses limbes tourmentés ou de la plainte insensée d'un banni de l'existence. Au fil de ce journal intime, Fernando Pessoa inspecte l'intérieur aux mille facettes d'un de ses nombreux hétéronymes, c'est-à-dire d'une de ces "proliférations de soi-même" dont chacun de nous est construit. Ces pensées "décousues" dénotent une supra-conscience des êtres et de l'existence, le plus souvent douloureuse, presque insoutenable, mais qui suscite aussi curieusement, parfois, une douceur indicible, un bercement insondable au cœur de ce ciel où, déclare-t-il "je me constelle en cachette et où je possède mon infini”(Laure Anciel). Et la lecture à 4 voix de cet après-midi est parvenue à faire passer toute l’ironie, mais aussi toute l’intranquillité de ce texte magistral, dont l’auditoire du TNT a eu la chance, pendant près d’une heure, d’approcher intensément les “proliférations”.

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