Trois enterrements

Publié le par Civetta

Trois enterrements Que dire de ce film si inclassable? Il faut sans doute aller voir Trois enterrements pour au moins deux raisons. D'abord, il s’agit d’une sorte de western des temps modernes, avec tous les ingrédients du genre: d'une part, un héros épique (Pete, magistralement incarné par Tommy Lee Jones), blessé au plus profond de lui-même, défendant des valeurs qui lui sont propres (et par-dessus tout, l’amitié et la parole donnée); d'autre part, un univers implacable dont le fonctionnement est précisément à l’opposé de tels idéaux, et dans lequel le héros décide de mener sa propre justice; les paysages immenses de la pampa mexicaine; un personnage de méchant (sorte de SS aux réactions frustes et violentes), quelques lâches figures de justiciers incapables, et le tour est joué... Ensuite, plus intéressant encore, il y a le rapport entre le bon et le méchant, rapport en apparence manichéen mais (comme c’est souvent le cas dans les westerns) en réalité beaucoup plus riche et subtile qu’il n’y paraît. Ainsi, Tommy Lee Jones réussit à révéler tous les aspects de la nature humaine, des plus nobles aux plus vils, avec cette lucidité cynique, avec ce “dés-espoir” éclairé qui est le propre de la "morale" des meilleurs westerns... Malgré la surenchère macabre de certaines scènes (je dois reconnaître qu’à la fin du film, j’avais ma dose), ce road-movie (sur fond de vision noire à souhait de la société américaine actuelle) est de grande qualité. Il nous chuchote à l’oreille que si le film de Tommy Lee Jones parle moins, c'est pour signifier plus : les sombres silences du "cow-boy revenu de tout" en disent bien plus que la polémique bavarde d’un Michael Moore.
Vu le 7 décembre 2005.
Note: ***

Commenter cet article