Match Point: coup de génie

Publié le par Civetta

Match Point

Woody Allen, jeu, set et match avec Match Point: il est difficile d’employer un autre mot que celui de chef-d’oeuvre en sortant d’un film pareil. Il n’y a pas de mots: ce film est tout simplement magnifique, superbe, époustouflant à rester vissé sur son siège avant de pouvoir gagner la sortie de la salle... Il y a là-dedans la photo du meilleur de James Ivory, pour l’esthétique; le suspense psychologique d’un Hitchcock teinté d’un zest d’Elia Kazan, sur fond de tragédie et de pente irrémédiable vers la folie, sur un scénario qu’aurait pu écrire Tennessee Williams... C’est tout simplement sublime, magistral et terrible à la fois: la tragédie s’insinue dès le début dans les lancinantes et douloureuses notes de la Traviata que l’on reconnaît dès les premiers instants. Et surtout, quelle vision sombre et pessimiste de la vie, cynique même, Woody Allen fait-il passer ici! Une phrase (ou plutôt: une métaphore) guide le film: dans la vie, on oublie souvent que l’on ne contrôle rien, et que, entre la bonté et la chance, c’est souvent la seconde qui tire les ficelles... ou plutôt qui décide si la balle de match tombera en-deçà ou au-delà du filet. Et même lorsque la balle tombe en-deçà, le noir cynisme du cinéaste semble nous dire que la chance peut encore jouer à “qui perd gagne”. Bien sinistre (et néanmoins ô combien! intéressante) vision de la nature humaine de la part de Woody Allen qui ici nous offre ici le meilleur de son art... On dirait que le cinéaste est à ce point attaché à montrer combien c'est pourri de ne pas suivre son coeur, qu'il pousse la démonstration à l'extrême, à travers un personnage qui fait son propre malheur pour finir dans une prison dorée, à jamais enfermé derrière les barreaux de sa conscience. Courez voir ce chef-d’oeuvre, on se croirait revenu à l’apogée du cinéma américain des années 50, dans ce Match Point qui n’a rien à envier même à l’inégalable Fritz Lang.
Vu le 12 novembre 2005. Note: ****.

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