On dirait du Shakespeare, du Dario Fo (Il diavolo con le zinne); cela ressemble aussi au type de théâtre écrit par
le personnage du dramaturge sous le régime de l'Allemagne de l'Est dans La vie des autres, ou bien encore au comique utilisé par
Benigni dans La vie est belle (le scène dans les camps où le père parodie les SS tout en cherchant à cacher la
vérité à son fils): Le Roi nu (écrit en 1934 par Evguéni Schwartz, auteur Russe mort en 1958), en plein essor des
fascismes en Europe) a la force des oeuvres produites dans un contexte de censure extrême, où les niveaux de lectures sont multiples car la pièce utilise un humour double (voire triple) et le
même langage que celui qu'il caricature. Parodiant le langage des dictatures, Le Roi nu fait partie de
ces oeuvres magistrales écrites sous des régimes tels qu'il ne reste plus aux étites intellectuelles que la plume d'autant plus acérée qu'elle exagère à outrance le masque qui la cache (ici,
celui de trois contes d'Andersen), cherchant à contourner la censure.
Le Roi nu est une oeuvre jubilatoire, insolente, drôle, un éclat de
rire du début à la fin. Cette pièce pour adultes (et pour enfants) s'inspire de trois contes d'Andersen : La Princesse et le porcher,La Princesse sur un pois et Les Habits
neufs de l'empereur.
Pollicino, c'est le Petit
Poucet raconté par un acteur jouant tous les personnages, sur la scène du Théâtre National de Toulouse.Claudio Casadio, seul sur scène - avec sa table qui lui sert de traiteau et ses arbres, ou encore la petite maison de poupée
éclairée qui lui servent d'accessoires - anime une fable d'une grande poésie visuelle (la maison du petite Poucet s'éloigne accrochée à un fil alors que les 7 enfants se retrouvent peu à
peu perdus dans la forêt; un cerf-volant tournoyant au bout d'un jonc figure un vol d'oiseaux dans le ciel d'hiver...). Humour tendre et poésie se mêlent quand entre en jeu la femme de l'ogre,
armée de son balai devant la maison, chassant la neige avec son arbre renversé qui, la minute d'avant, figurait la forêt... et chantant "oh Romagna mia" (l'Emilie-Romagne, terre natale de
l'acteur) avec l'accent du dialecte bolonais. Saveur poétique et victoire de l'imaginaire où le grand et le petit se mêlent, à l'image du Petit Poucet abordant le "grand" monde; à l'image du
public aussi, qui réussit petits et grands dans une fascination silencieuse et enchantée. À ne pas manquer. Images,
video, infos: Le site de POLLICINO. Pollicino en italien, français et espagnol: un succès.
C'est un world pas free du tout, que celui où vit et travaille Angie:
ou plutôt tellement free, que c'est la loi de la jungle au pays de l'exploitation des travailleurs issus de l'immigration, qu'ils soient clandestins ou non. La plus belle réussite du film de
Ken Loach est double: d'abord, l'actrice Kierston Wareing, juste excellente. Et ensuite, la structure en boucle du film: qui commence par la fin (mais on ne
le sait qu'à la fin)... Mouvement cyclique qui est bien à l'image du cercle vicieux et infernal dont chacun n'est qu'un simple rouage... à tel point qu'on ne peut même pas condamner Angie
lorsqu'elle agit au pire de ce qu'elle est capable de faire, puisque c'est un système tout entier qui le permet. On regrettera simplement (mais c'est là le style Ken Loach) le côté toujours un peu docu-reportage-fiction de ses films (et c'est leur mérite aussi, d'aller parler de
la stricte et déplorable réalité), ainsi que l'absence d'observation approfondie de la psychologie des personnages (chez Ken Loach, c'est le système social qui explique tout, bien avant la notion de nature humaine, comme le montre si bien -
à l'inverse - La vie des autres, puisque là aussi on avait la peinture d'un système aux rouages terribles, mais observé du versant
psychologique des personnages et du point de vue de la complexité de l'être humain en général). Un très beau film, même s'il manque un peu de lyrisme dans le traitement du sujet (lyrisme qui
n'aurait pas été incompatible avec sa gravité).
Vu le 3 janvier 2008. Note: **
Nuages de lait