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L'air du thé

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Mardi 5 février 2008
undefinedJusqu'au 22 mars 2008, la BNF ouvre ses portes de l'Enfer: cet endroit où, dès 1750, on commença à tocker les ouvrages offensant les bonnes moeurs (de Félicien Rops, en passant par Dali, Pierre Louÿs, Aragon, le marquis de Sade, l'Arétin et bien d'autres...). Officiellement créé en 1836, l'Enfer a une histoire aussi palpitante que les livres qu'il recèle et que nous offre cette exposition à la BNF: "La Bibliothèque décida de donner une cote spéciale à ces ouvrages que l’on disait contraires aux bonnes mœurs. Déjà dès le milieu du XVIIIe, le Catalogue des livres imprimés, section Belles-Lettres, avait créé une rubrique pour les romans licencieux. Plus tardivement, dans le supplément manuscrit de ce catalogue, certains livres inscrits sous cette rubrique portèrent la mention « cabinet » ou « cab ». Ce qui peut signifier que ces ouvrages étaient conservés dans un meuble à tiroirs et séparés des autres. Et c’est en 1844, dans le Carnet des inventaires des fonds anciens, où le terme Enfer est ajouté à la cote initiale, qu’on trouve une preuve tangible de son existence. L’inscription au catalogue ne commença qu’en 1876. On comptait environ six cent vingt titres, provenant pour plus de la moitié de saisies judiciaires dont la principale fut celle opérée chez Alfred Bégis en 1866. Un catalogue sur fiches fut établi qui devança de quelques années la parution, en 1913, du catalogue imprimé de Guillaume Apollinaire, Fernand Fleuret et Louis Perceau, L’Enfer de la Bibliothèque nationale ; ceux-ci bénéficièrent vraisemblablement d’un traitement de faveur pour établir ce catalogue qui n’était en rien commandité par la Bibliothèque. De 1913 à 1969, l’Enfer s’enrichit de 850 numéros provenant de dons, d’acquisitions mais aussi du dépôt légal, celui-ci se substituant en quelque sorte aux saisies devenues quasi inexistantes. En septembre 1969, une note spécifiait la fermeture de l’Enfer. Celle-ci s’expliquait par l’évolution des mœurs. Cette cote faisait si mauvais effet que, à l’occasion de l’exposition Apollinaire organisée par la Bibliothèque nationale, ses livres cotés Enfer furent décotés pour recevoir des cotes plus convenables comme l’Y2 ou encore l’Ye. Mais en 1983 l’Enfer était rouvert à la demande des chercheurs et des bibliothécaires, non pour des raisons morales mais pour des raisons pratiques. Depuis 1983, seuls sont cotés Enfer les éditions anciennes, entrées par don ou par acquisition, qui, en leur temps ont été poursuivies ou condamnées pour des raisons morales, les livres érotiques ou pornographiques contemporains considérés comme rares par leur tirage, leurs illustrations, leur conception. L’Enfer est devenu plus sélectif et a pris une tournure plus bibliophilique".
Source: Eros au secret, BNF. Exposition à ne pas manquer, jusqu'au 22 mars 2008.
Le X à la BN: le secret révélé. Entrée plein tarif: 5€
par Civetta
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Lundi 4 février 2008
undefinedLong (presque 3h30 avec deux entractes) et fabuleux opéra de Piotr Illitch Tchaikovsky, La Dame de Pique de la saison au Théâtre di Capitole offre une interprétation superbe: j'ai adoré le magnifique et lugubre air à Lisa chantée par Pauline/Daphnis alias Varduhi Abrahamyan au premier acte, ou encore la glaçante interprétation de la Dame de Pique par Raina Kabaivanska, sans parler bien sûr du magnifique ténor russe Vladimir Galouzine pour le personnage d'Hermann. Un peu plus discutable (et injustifiée?) par endroit la mise en scène d'Arnaud Bernard: bonne idée que celle de ce carrelage gris qui tapisse le décor comme en un asile de fou, sorte de métaphore visuelle de l'esprit malade d'Hermann qui, tel Birdy, se recroqueville ici dans un bac à douche couleur gris béton au IIè acte (bac qui finit par degouliner de sang et c'est peut-être un peu "too much"), là contre un mur... Mais pourquoi cet intermède anachronique et kitschissime à l'acte II, lorsque surgit d'une trappe un intérieur appareillé façon années 60 avec bobonne habillée comme Marina Fois dans les Deschiens, alors que les sous-titres et le chants nous parlent en même temps d'une pastorale sensée être représentée comme festivité en la demeure du Prince qui s'apprête à épouser Lisa? Quelque chose échappe et l'on ne comprend ni le lien, ni ce qui justifie cette soudaine insertion humoristique où les ténors se mettent à mimer une sorte de théâtre muet à la Feydeau complètement tarte... C'est d'autant plus dommage qu'il s'agit là d'un spectacle de très grande qualité, à la hauteur de cette oeuvre tchaikovskienne, avec son ambiguité et ses mystères, sa grandeur et sa grandiloquence.
Pour le Monde, la mise en scène d'Arnaud Bernard est "genre trousse de secours". Ce qui rejoint un peu mon "Birdy"!
Dates:
31 janvier, 5 et 7 février 2008 à 19h30.
3 et 10 février à 15h.


par Civetta
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Vendredi 25 janvier 2008
la-graine-et-le-mulet.jpgAbdelattif Kechiche est un cinéaste vraiment doué pour le gros plan dont il enrichit la peinture des états d'âmes et le portrait de ses personnages. N'importe qui n'est pas capable de filmer aussi longtemps des scènes aussi longues, avec autant de gros plans, sans tomber dans un voyeurisme excessif. C'est que le cinéaste porte une affection particulière à ses interprètes, et par conséquent à ses personnages: il y a du Ken Loach chez Abdellatiche Kechiche du point de vue du réalisme, mais avec le lyrisme (du cinéma italien néo-réaliste) et l'humour tendre d'un Nanni Moretti ou d'un Marcel Pagnol (Télérama) en plus, ce qui ne gâte rien. Il faut être sacrément talentueux pour réussir à filmer la scène du couscous-repas familial dans ses moindres détails et moindres instants, même les plus anodins ou banals, sans ennuyer le spectateur. Les quelques longueurs du film trouvent leur aboutissement et leur pleine justification dans la transe et le suspense finaux du récit choral de cette émouvante épopée contemporaine.
Vu le 20 janvier 2008- note: ***
par Civetta
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